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Roses Blanches C’est aujourd’hui dimanche, la fête … Enfant j’étais, ce que l’on appelait alors, un gosse taquin, turbulent, bavard. Le genre de môme agité dont les bêtises et les punitions s’enchaînaient à la vitesse grand V. Jusqu’au brevet, il ne s’est pas passé une seule semaine sans que je ne sois collé, C’est à dire en retenue, le jeudi et le samedi après-midi. Je n’en ai pas raté un seul de ma carrière de collégien. Au moins, je n’avais aucun problème pour savoir où passer mes repos scolaires. Lorsque le professeur de math rentrait en classe, il me faisait sortir. Le pauvre homme me détestait cordialement. Malgré tout, comme il était honnête pour les devoirs Ou au moment des compositions il me laissait participer. Me foutait un 19 ou un 20, décrétait que j’étais le meilleur de sa classe Et me renvoyait jouer ou mieux lire un livre de math de la classe du dessus. Que voulez-vous à chacun ses plaisirs ! Quand je n’étais pas puni par celui-ci, C’était un autre qui prenait sa revanche. De toute façon, les condamnations se cumulaient Et il n’y avait pas assez d’heures de libre dans la semaine Pour que je remplisse toutes mes obligations punitives. Rassurez-vous je n’étais pas un élève surdoué, Excellent dans toutes les matières loin sans faut. Surtout lorsque je pense aux dictées et les zéros ou plutôt Les moins dix ou moins 20 qu’elles me valaient systématiquement. Non ! J’étais simplement un gosse comme beaucoup d’autres Qui s’ennuyait en classe. Un enfant plein de vie… Mon problème c’était que chaque vendredi soir, Avec la présentation du carnet scolaire, Il me fallait annoncer à mes pauvres parents qu’encore une fois leur fils unique, L’objet de leur fierté s’était singularisé et qu’il avait encore ramassé une punition. Comme je ne voulais pas en rajouter en leur expliquant Qu’ainsi cela les dispensait de m’expédier au patronage Ou dans une garderie quelconque, Je rentrais chez moi modeste et la tête basse dans le style malheureux, incompris. Le genre martyr injustement destiné aux arènes! Et, comme je ne voulais pas être réellement puni par mes parents, Pour un truc que je considérais sans importance, Mon grand problème était de pouvoir pleurer sur commande Pour amadouer papa et surtout maman Qui à mon humble avis respectaient trop la science et la hiérarchie du mammouth. Ils étaient bien capables de me priver de cinéma ou pire de lecture. Mon oignon, ma salvatrice, ce fut Berthe Sylva et ses roses blanches. Il me suffisait d’évoquer les paroles de sa chanson Pour qu’immédiatement mes yeux se mouillent Et que j’éprouve un réel chagrin. Du grand art, un truc à vous décrocher tous les oscars d’Hollywood. Les grandes eaux de Versailles et du Trocadéro réunies ! Une fois lancée, Seuls les bras
de ma mère bien vivante pouvaient me rassurer Et c’est ainsi que grâce à mes punitions, et l’aide de Berthe, Je me retrouvais chaque fois dans les bras De la femme que j’aimais le plus au monde. Une fois consolée, les yeux passés à l’eau froide, Le repas pris, nous partions en famille au cinéma du quartier Main dans la main pour conclure un instant Qui aurait pu s’avérer catastrophique pour le pauvre hère que j’étais ! Jamais la brave femme n’a su comment j’arrivais à me mettre dans un tel état, Jamais je n’ai osé lui expliquer la vérité lui dire comment je pleurais sur commande, La tuait chaque fin de semaine. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard, Qu’elle m’apprit qu’elle ne fut jamais la dupe du fruit de ses entrailles. Merci Berthe, merci ! Je veux des roses blanches pour ma jolie maman….
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