Si ces textes et images ne sont pas libres de droit, me le dire et je les ôterai.

Perlette petite goutte d'eau

Un petit nuage rose voguait à l'aventure dans le ciel.

Il y avait dedans mille et une gouttes d'eau, douillettement assises.

La mille et unième goutte, qui se nommait Perlette, se leva en bâillant.

- On s'ennuie ici !

J'ai envie d'aller faire un petit tour sur le terre.

- Ne fais pas ça ! crièrent les autres. C'est de la folie !

Perlette vint jusqu'au bord du nuage et regarda tout au tour d'elle.

C'était le soir. Le soleil se couchait.

En bas, on voyait de petits carrés verts et jaunes qui étaient des champs, et des points rouges qui étaient les toits des villages.

C'était très joli.

- Bonsoir ! cria la goutte d'eau. A un de ces jours !

Et elle piqua une tête.

Ce fut une chute terrible. Elle eût pu se briser en arrivant sur la terre, mais elle tomba juste dans le coeur d'une anémone, qui prenait le frais avant d'aller dormir.

- Aïe ! cria l'anémone.

Puis, voyant que ce n'était qu'une simple goutte d'eau :

- C'est heureux pour toi qu'à cette heure-ci je n'ai plus soif !

Roule dans ce petit coin et tiens-toi tranquille.

- Grand merci ! dit la goutte , qui se sentait fatiguée.

 L'anémone releva ses jupes sur sa tête et toutes deux se mirent à dormir.

Le lendemain, de bon matin, un papillon bleu vint leur rendre visite.

- Oh ! la succulente petite goutte de rosée !

s'écria-t-il en voyant Perlette.

Mais, comme il déroulait sa longue trompe pour la sucer,

l'anémone lui ferma la porte au nez. Il s'en alla, furieux.

Cependant, un peu plus tard, comme le soleil chauffait, l'anémone, à son tour, dit d'une voix étranglée:

- Je commence à mourir de soif.

Va-t'en vite, ou je vais être obligée de te boire !

- Dommage ! dit perlette. Je t'aimais bien. Adieu !

Elle se laissa glisser le long de la tige pour aller se cacher dans l'herbe.

Elle voulait réfléchir à son aise, car elle ne savait trop ce qu'elle allait faire.

C'était ennuyeux, tous ces gens qui voulaient la boire !

Fallait-il partir ? Fallait-il demeurer ?

Indécise, Perlette risqua quelques pas hors de sa cachette.

Mais, tout à coup, elle roula sur une feuille ronde et lisse, tenta de se retenir, trébucha de plus belle et rebondit de feuille en feuille:

de celle du coucou à la menthe, puis à celle du myosotis, tant , qu'à la fin, une feuille de sauge, maladroite, l'envoya choir dans le ruisseau.

C'était un petit ruisseau charmant.

Il descendait de la montagne et chantait en traversant la prairie.

Les libellules dansaient sur les rives et les grenouilles lui criaient:

"Je t'aime !" au passage.

Quand Perlette tomba dedans, les autres gouttes d'eau se poussèrent du coude et ricanèrent:

- D'où vient-elle, celle-là ?

- Du nuage rose, là-haut, répondit Perlette.

Alors, elles la regardèrent avec respect et s'écartèrent pour lui faire une place.

Elles se mirent à courir toutes ensemble.

Quand elles parvinrent à l'abreuvoir, un gros boeuf avait les pieds dans l'eau du bord et il buvait à larges goulées.

Il s'en fallut de peu qu'il n'avalât Perlette.

Aussi, à partir de là, se mit-elle à voguer au milieu du ruisseau,

pour éviter semblable aventure.

Tout à coup, Perlette sentit qu'on l'entraînait plus vite.

- Mais où allons-nous ? demanda-t-elle.

-Au moulin ! crièrent les autres joyeusement.

En effet, après un tournant, le moulin fut là, sur la rive, parmi les saules et les joncs.

La roue tournait avec un grand bruit et toutes les gouttes d'eau s'élançaient pour être chacune la première à faire tourner la roue et à sauter.

- Poussez ! poussez, mes petites gouttes ! criait la roue en riant.

Perlette poussa de toutes ses forces avec les autres, tant et si bien qu'elles culbutèrent et se retrouvèrent en bas, dans le ruisseau, tout échevelées d'écume.

Maintenant, on longeait une sombre forêt.

Des hommes menaient là grand bruit.

Ils frappaient les arbres de leurs cognées, et les arbres se couchaient lentement avec leurs blessures fraîches.

Alors on les coupait en petits morceaux et on lançait ceux-ci dans la rivière.

Les petites gouttes d'eau n'étaient pas contentes.

- Quel travail ! geignaient-elles.

Pousser toutes ces bûches devant nous !

Perlette s'y mettait de tout son coeur, mais il faut avouer que c'était fatigant !

Un petit rondin de bouleau, guère plus gros que le bras, et tout blanc et gris, lui était tombé presque sur la tête.

C'est pourtant celui-là qu'elle poussait.

- Je me fais aussi léger que je peux, assura-t-il .

Alors ils devinrent amis et, tout le jour, l'un poussant l'autre,

ils naviguèrent.

Quand vint le soir, il arriva une triste chose: toutes les bûches se rassemblèrent à un coude de la rivière, et des hommes, avec des crochets et des perches, les ramassèrent pour les charger sur des camions.

On arracha brutalement les deux amis l'un de l'autre.

- Bouleau ! Bouleau ! criait Perlette. Ne me quitte pas !

Mais c'était peine perdue.

Perlette eut tant de chagrin qu'elle ne voulut pas s'éloigner.

Elle s'accrocha aux herbes de la rive et sauta à terre.

C'était le soir encore une fois.

Perlette soupira en regardant flotter son petit nuage rose au-dessus de la vallée.

- Tek ! Tek ! dit la sarcelle, en quittant son nid accroché aux roseaux.

Pourquoi es-tu triste ?

- Je ferais peut-être mieux de remonter dans mon nuage, dit Perlette.

- Roule sur mon dos, je t'y porterai.

Mais à ce moment un gros rat sortit de son trou en soufflant;

La sarcelle effrayée s'envola sans attendre.

Toute la nuit, cachée dans l'herbe, Perlette entendit le gros rat fouiller dans la vase et elle ne put dormir.

Le lendemain, elle était bien hésitante.

- Que ferais-tu à ma place ? dit-elle à un gros poisson qui se chauffait entre deux eaux au soleil.

- Goutte d'eau tu es, goutte d'eau tu dois rester, lui répondit-il gravement. Que chacun se contente de son sort et tout ira mieux dans le monde, ajouta-t-il en gobant une mouche.

Mais au bout de la mouche il y avait un crochet, au bout du crochet une ligne, et au bout de la ligne un pêcheur.

Le poisson fut donc pêché et demeura en l'air à se débattre, en roulant de gros yeux et en ouvrant une grande bouche.

- Contente-toi donc de ton sort ! lui cria Perlette.

Elle repartit néanmoins au fil de l'eau.

Le petit ruisseau était devenu un grand fleuve qui transportait des péniches.

Elles étaient poussées par des moteurs et crachotaient des ronds d'huile irisés qui sentait mauvais.

Il y avait aussi des remorqueurs qui faisaient beaucoup de fumée.

Un peu plus loin, il n'y eut plus d'herbe sur les bords, mais des quais de pierre.

- Qu'est-ce que c'est, dit Perlette.

- C'est une ville, lui répondit-on.

- C'est laid !

- Pas du tout, c'est très joli. Viens-tu y faire un tour ? On entre par ce petit tuyau, et on ressort à l'autre bout de la ville par l'égout.

Mais Perlette continua sagement son chemin.

A la sortie de la ville, elle retrouva ses compagnes.

- Nous nous sommes bien amusées ! crièrent-elles.

- J'ai rincé des légumes dans une cuisine, dit l'une.

- Moi, lavé les mains d'un petit garçon sale...

- J'ai fait un petit tour dans une teinturerie, dit une troisième qui revenait violette.

Autour d'elles, il y avait des trognons de choux, des papiers gras, de la paille et toutes sortes de détritus.

- Pouah ! dit Perlette, le petit ruisseau de la prairie était autrement agréable !

Et pour échapper à ces horreurs, elle navigua toute la nuit.

Au matin, il n'y avait plus de rives et les autres gouttes d'eau autour d'elle étaient salées: elle était arrivée dans la mer...

C'était si grand qu'elle eut peur.

- J'en ai assez ! cria-t-elle. Je veux retourner dans mon nuage !

Une vieille méduse lui dit :

- Adresse-toi au Père Soleil !

- Père Soleil ! Père Soleil ! cria Perlette.

Fais-moi remonter dans mon nuage !

Le Père Soleil souffla sur elle de toute sa force.

Cela lui fit chaud et elle se sentit tout allégée. Et tout à coup voilà qu'elle sauta de la mer et se mit à monter vers le ciel, claire comme une bulle de savon.

Elle retrouva son petit nuage rose et les mille autres gouttes d'eau, ses soeurs, et leur raconta ses aventures.

- Je ne retournerai plus sur la terre, conclut-elle.

- vous y retournerez toutes ensemble, dit le nuage, la prochaine fois qu'il pleuvra.

 

Index des titres des comptines

Copyright © 2005 - 2008  - Créations Michelle et Romy
Tous droits réservés